La langue romane

L'héritage médiéval

La langue romane fut parlé au moyen age dans toute l'Occitanie, de la Catalogne jusqu'en Italie, du Limousin jusqu'à la Méditerranée.

Fille bâtarde du latin, plus chantante et plus raffinée, elle fut diffusée par les premiers poètes européens, favorisant un age d'or dont découle la littérature lyrique moderne. Les troubadours cultivent alors l'art du Trobar, entrelaçant rimes et mélodies, et développent de nouveaux modes de vie, le Gai Saber ( gai savoir ou gaie science ) et la Fin'amor ( amour courtois ).

Peu à peu, le roman se fragmente pour donner le provençal, l'occitan, l’auvergnat, le béarnais, le gascon, le catalan, le piémontais.

Troubadours

On appelle troubadour celui qui compose poème et mélodie. Le troubadour ne chante pas toujours ses œuvres, il utilise alors un jongleur. Les textes qu'il nous restent aujourd'hui sont compilés dans des chansonniers réalisés quelques siècles plus tard. Une courte Vida raconte l’histoire et les qualités du poète avec une enluminure de première lettre qui le représente. Le troubadour est souvent un guerrier lettré, noble ou fréquentant l’aristocratie. Il y eut aussi parmis eux des clercs et des femmes de la noblesse

Comte de Poitiers, duc d'Aquitaine, Guillaume IX

Guillaume IX

Le premier d'entre eux à nous avoir laissé une trace est le comte de Poitiers, duc d'Aquitaine, Guillaume IX ( 1071 - 1126 ) grand père d'Aliénor d'Aquitaine et arrière grand-père de Richard Cœur de Lion. Sa vida raconte qu'il était bon chevalier, grand poète et qu'il courait le monde pour séduire les dames. Sa production se partage entre chanson grivoise voire même paillarde qu'il chante pour ses compagnons et de vers plus soignés qui ouvrent les portes de la fin'amor et qu'il réserve aux domnas ( dames ). Il pose ainsi les thèmes qui enflammeront ses successeurs

Jaufré Rudel

Jaufré Rudel est l’archétype même du troubadour amoureux, sa vida en parti légendaire raconte qu’il tomba amoureux de la comtesse de Tripoli sans l’avoir jamais vu, sur les descriptions qu'en faisaient les pèlerins qui revenaient d'Antioche. Il prit alors la croix et s'embarqua sur la mer. Sur le navire, il tomba malade et, arrivé à Tripoli, meurt dans les bras de sa belle, la voyant pour la première fois juste avant de succomber. Il ne fut pas en réalité amoureux de la comtesse, mais d'une autre femme de Tripoli et ne succomba pas dans ses bras mais vécu encore assez pour revenir.

Son histoire romantique marqua les esprits de son époque jusqu’à aujourd’hui ; notamment dans la pièce d’Edmond Rostand, La princesse lointaine et plus actuellement l'opéra “L’amour de loin”de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho sur un livret d’Amin Maalouf créé au festival de Salzbourg en 2000. Ce troubadour ne nous a laissé que seulement six poèmes traitant la plupart de l’amour lointain.

Jaufré Rudel le troubadour amoureux

Canso et Sirventès

Les premiers genres de la poésie romane sont la canso (chanson) et le vers (du latin versus). Le vers représente alors le poème entier. Les contraintes d'ordre métrique et syllabique sont assez complexes, elles puisent leurs rythmiques dans les tropes des chants religieux et dans l’influence des khardjas, poèmes Mozarabe d'Al-Andalus.

Le sirventès est une satire de la société, c'est une véritable arme politique pour l'époque. Pour les dirigeants,il permet la diffusion d’une propagande. Critique morale, il tend à diffuser des idées, influencer des mouvements ou bien juste se “moquer” d’un concurrent.

Voici que retentit à nouveau les accents de la langue oublié, dont les préoccupations de l'époque n'ont rien à envier à la nôtre

Le Provençal

Bellaud et Saboly

( XVI et XVIIèmè siècle )

Louis Bellaud de la Bellaudière est un poète du XVIème siècle. C’est le restaurateur de la vieille poésie provençale, à une époque où ses contemporains se contentent de versifications en mauvais latins ou dans un français vulgaire qu’ils ne maîtrisaient pas encore. Appartenant à la petite noblesse de Grasse, ayant soif d'aventures, il s’engage dans l'armée royale. Louis Bellaud apprécie les femmes et le vin, c’est un bon vivant. Alors qu’il a tout juste quarante ans, il se fait arrêter avec trois de ses compagnons et mis en prison à Moulins. Il y restera incarcéré durant dix mois, c’est là qu’il écrira ses “Obros e Rimos”. Enfin libre, on le retrouve à Avignon, Arles, puis à Aix où il entre dans la confrérie des Arquins, une bande de poètes épicuriens avec lesquels il échange ...

Bellaud laisse une œuvre qui parle au peuple, elle s’adresse à tous noble comme au démuni, il parle dans leur langue et dans une franchise souvent extrême qui plaît tant aux provençaux. Son oncle Pierre Paul se chargera de postériser sa production, ce seront les premiers livres imprimés en typographie à Marseille.

Saboly
Le plus grand poète provençal à ce jour

Frédéric Mistral

Le plus grand poète provençal à ce jour

Il est né le 8 septembre 1830 au Mas du Juge à Maillane. Son père, François, est un paysan aisé royaliste. Chez les Mistral, on parle provençal, au côté des bergers et paysans que son père emploie, il découvre les histoires et les chants du terroir. Il étudie au pensionnat pour garçon de Saint Michel de Frigolet, puis son père l’envoie au collège royal d’Avignon.

Au sein de la jeune élite bourgeoise avignonnaise son parlé provençal paysan fait tache, il est l’objet de railleries. Humilié, le jeune Frédéric se promet de réhabiliter sa langue, pour ce faire, il redouble d’efforts dans les études et ses résultats scolaires le placent souvent au-dessus des autres. Un jour, un professeur de latin remarque ses vers provençaux crayonnés entre les marges. Émerveillé par la précocité et le talent du garçon, le professeur le félicite et lui avoue que lui aussi poétise en lengo nostro. Ce professeur c’est Joseph Roumanille. La passion commune liera cette grande amitié. Ainsi débute leur collaboration à l’établissement d’une orthographe provençale.

En 1851...

à 22 ans, Mistral commence à écrire Mirèio, son œuvre lui demandera un travail considérable, durant huit années il la travaille tel un orfèvre de la rime.

Le 21 mai 1854, au château de Font-Ségugne à Châteauneuf de Gadagne, sept poètes provençaux se sont réunis. Autour de Frédéric Mistral : Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, Anselme Mathieu, Jean Brunet, Alphonse Tavan et Paul Giéra. Ensemble dans une fraternité joyeuse, ils décident de poser les bases d’un provençal littéraire et créent le Félibrige.

Quand il ne travaille pas sur son poème Mirèio, il aide au mas au travaux des champs. En 1855, sous l'influence d’Aubanel, les félibres créent l’Armana Prouvènçau, une revue collective qui s’adresse directement au peuple des campagnes. Véritable almanach provençal, il date fêtes et manifestations, avec ses proverbes populaires mais aussi des actualités et des poèmes. L’Armana Prouvènçau paraît encore chaque année édité par le Félibrige.

En 1859 Mirèio est enfin publié

fruit d’un travail de huit ans. Poème épique de douze chants qui reprend les amours impossibles de Mireille et Vincent . Adolphe Dumas va introduire Mistral dans les milieux littéraires parisiens et notamment auprès de Lamartine. Le poète de Paris encense l'œuvre de Mistral dans une étude de quatre-vingt pages. C’est un véritable triomphe qui séduit Paris, la France puis l’Europe entière.

Calendal est achevé en 1866, il est publié l’année d’après, mais reçoit un accueil mitigé des critiques.

la Coupo Santo

En août 1866, les catalans, qui ont manqué leur insurrection d’indépendance, sont accueillis fraternellement par les provençaux. Lors d’un banquet à Avignon, les catalans offrent aux félibres la coupe d’argent qui scelle leur amitié. Elle représente deux personnages métaphores de la Catalogne et de la Provence. Mistral compose alors la Coupo Santo.

Lis islo d’or sort en 1875, c’est un succès. Au printemps 1884, il publie Nerto édité par Hachette.

la lengo nostro

En août 1886, il sort l’ouvrage indispensable à tout provençal voulant manier la lengo nostro : Lou trésor dóu Felibrige, dictionnaire franco-provençal. Fruit d’un travail titanesque de recherches et de collectes de sept années acharnées.

La reino Jano, pièce de théâtre, est une tragédie de cinq actes en alexandrins qui est imprimée en 1890.
Le 7 janvier 1891, sort le premier numéro de l'Aiòli, journal trimensuel.
En 1897, il termine Lou pouèmo dóu Rose, véritable ode aux bateliers du Rhône qui mêle la romance du prince d’Orange à l’épique dernier voyage d’un bateau de halage.
En 1899, il ouvre le Museon Arlaten, à Arles, véritable conservatoire de la culture de provence, où il regroupe outils, costumes, œuvres d’arts, etc…

Prix Nobel

En novembre 1904, il est décoré du prix Nobel de littérature pour Mirèio, c’est le premier et le seul encore à ce jour à recevoir la distinction pour une œuvre en langue régionale.

Il publie un ultime reccueil de poèmes, Li Oùlivado en 1912.
Frédéric Mistral meurt en 1914, chez lui à Maillane dans sa maison du lézard, et nous laisse un ensemble d'ouvrages incomparables. Il dédie sa vie à la renaissance et reconnaissance de la culture provençale.

La Coupo Santo